Bercy vient de présenter le premier bilan du plan Osez l’IA, ce dispositif national qui doit faire entrer l’intelligence artificielle dans les entreprises françaises. Les chiffres officiels sont encourageants sur le papier. Reste la question que se pose tout dirigeant de TPE, et plus encore ceux qui travaillent loin de Paris, dans l’Yonne ou en Bourgogne-Franche-Comté : est-ce que cela change vraiment quelque chose pour mon entreprise ? Voici une lecture honnête, entre annonces et réalité du terrain.
Le plan Osez l’IA, c’est quoi au juste ?
Lancé le 1er juillet 2025 et porté par la direction générale des entreprises, dans le cadre de la stratégie nationale pour l’IA et de France 2030, le plan est opéré avec Bpifrance. Son moyen principal est un réseau d’ambassadeurs bénévoles. Ces professionnels, issus d’entreprises, d’organisations professionnelles ou d’organismes publics, vont à la rencontre des dirigeants de leur région ou de leur secteur, lors d’événements et d’actions de terrain.
Le cap annoncé pour 2030 est ambitieux : 100 % des grandes entreprises, 80 % des PME et ETI et 50 % des TPE diffusent l’intelligence artificielle dans leur activité. C’est ce dernier objectif qui mérite l’attention, car il concerne des millions de très petites structures.
Que dit le bilan officiel ?
Publié le 4 septembre 2026, il ne part pas de zéro. Le 18 juin précédent, à VivaTech, le dispositif avait déjà été renforcé : 45 ambassadeurs supplémentaires, le lancement d’une plateforme d’exemples par métier et la mise en place des Diags Data IA et des Accélérateurs IA, deux accompagnements cofinancés par France 2030.
Le communiqué du premier anniversaire ajoute les chiffres suivants : 88 offreurs de solutions IA référencés, 70 Diagnostics Data IA engagés, un réseau présent dans 20 régions et collectivités d’outre-mer et couvrant 13 secteurs d’activité. Le catalogue en ligne de Bpifrance, Accélérez avec l’IA, s’enrichit en continu de nouveaux exemples. Le gouvernement annonce surtout une nouvelle étape, pour accélérer le passage de la sensibilisation à l’action.
Où sont vraiment les ambassadeurs ?
Une lecture attentive de la liste publique des ambassadeurs, décortiquée par la presse spécialisée début septembre, donne un autre éclairage. Paris concentre à elle seule 103 ambassadeurs, environ un sur six, alors que la capitale ne représente que 3 % de la population française. À l’opposé, des départements entiers ne comptent aucun point de contact : environ 7,5 millions d’habitants, près de 11 % du pays, vivent dans ces zones. Trente-sept départements totalisent deux ambassadeurs ou moins.
La répartition par métier est tout aussi inégale. L’industrie, le droit et la santé sont bien pourvus. La comptabilité, en revanche, ne compte que deux ambassadeurs, et la logistique un seul. Deux univers pourtant quotidiens pour les TPE, et qui mériteraient un accompagnement.
Le rythme, enfin, pose question. Le tissu économique français dépasse les 5 millions d’entreprises, et la cible à 2030 porte sur environ 2,5 millions de TPE. Rapporté à cette échelle, ce qui a été accompli en un an reste une goutte d’eau, même si chaque entreprise sensibilisée compte.
Et dans l’Yonne, à qui s’adresser ?
C’est en regardant la carte qu’on mesure le chemin restant. La Bourgogne-Franche-Comté compte 25 ambassadeurs, tous situés en Côte-d’Or, dans le Doubs, en Saône-et-Loire ou dans le Jura. L’Yonne et la Nièvre n’en ont aucun. Un dirigeant installé à Auxerre, comme des centaines d’autres dans le département, doit donc franchir la limite administrative pour croiser un ambassadeur, direction la Côte-d’Or ou la Saône-et-Loire.
Ce vide n’est pas un scandale, c’est la limite structurelle d’un réseau bénévole : on ne décrète pas un point de contact local, on attend qu’une personne s’engage. Il reste que l’Yonne fait partie des départements français toujours dépourvus d’ambassadeur, et que l’information y arrive avec moins de relais locaux.
Que peut faire une TPE dès maintenant ?
Concrètement, voici ce qui existe dès aujourd’hui pour une TPE, où qu’elle soit installée :
- La plateforme de Bpifrance Accélérez avec l’IA, avec des exemples classés par secteur d’activité et par fonction.
- Le dispositif Diags Data IA, pour faire le point sur ses données et les usages possibles.
- Les ressources France Num, des guides pratiques pensés pour les petites entreprises.
Ces outils ne remplacent pas le passage à l’acte. La méthode reste la même pour toutes les entreprises : choisir un chantier précis et limité, la rédaction des devis, le suivi des relances ou le classement des documents, puis tester un outil pendant quelques semaines. L’IA s’apprend par l’usage, pas par la lecture d’un communiqué.
Un an après le lancement, le plan a réussi l’essentiel de sa première mission : mettre l’intelligence artificielle dans le débat de milliers de dirigeants qui n’y pensaient pas encore. La seconde, la plus difficile, consiste à transformer cette prise de conscience en usages réels, partout sur le territoire.
Pour une TPE, la leçon tient en une phrase : rien ne vous oblige à attendre la suite. Les exemples par métier sont en ligne, les ressources sont ouvertes à tous, et un premier chantier peut commencer cette semaine, sans ambassadeur ni événement. Le plan a fait sa part, modeste mais réelle. Le reste vous appartient.